Des camps du sud de la France à la Résistance en Haute-Savoie (1939-1944)

Après trois années de guerre acharnée (1936-1939), les Républicains sont vaincus. Les forces fascistes les poussent vers les Pyrénées, avec l’espoir de trouver dans la Patrie des Droits de l’Homme, une terre d’accueil chaleureuse et fraternelle. C’est ainsi qu’en février 1939, près d’un demi-million d’Espagnols arrive brutalement dans le sud de la France. De toute son histoire, la France n’avait jamais connu un tel exode ni même envisagé une telle « Retirada » vers ses terres.

Face à cette déferlante humaine autant inattendue qu’incontrôlée, les autorités françaises choisissent, dans l’urgence, de concentrer tous ces Républicains (civils et militaires) sur des plages, à proximité de la frontière qu’ils venaient tout juste de traverser, pour mieux les contrôler et éviter ainsi leur dispersion.

Les premiers jours surtout furent extrêmement difficiles car ces camps, improvisés à la hâte, étaient dépourvus de tout. C’est à même le sable, dans des trous creusés de leurs mains pour lutter contre le froid glacial, que dormaient hommes, femmes, enfants et vieillards. C’est dans ces conditions inhumaines et totalement insalubres qu’ils durent cohabiter, à même le sol ou dans des baraquements précaires érigés la plupart du temps par leur propre soin, en attente de leur sort; tandis que le gouvernement français, dépassé et soucieux face à cette menace « rouge » et coûteuse, cherchait par tous les moyens à convaincre ces « indésirables » de retourner au plus vite chez eux.

Mais face à la lenteur des rapatriements et la perspective d’une nouvelle guerre mondiale, le gouvernement changea de position et décida de tirer profit de cette main-d’oeuvre inutilisée et bon marché, disponible sur son territoire. A partir de cet instant, les camps d’internement se vidèrent progressivement, au fur et à mesure que s’organisait l’embauche à l’extérieur. Ce n’est réellement qu’en 1940 qu’ils se vidèrent sensiblement avec l’enrôlement, de gré ou de force, dans les C.T.E. (Compagnies de Travailleurs Étrangers), créées pour les besoins du pays, et l’engagement de bon nombre de réfugiés espagnols aux côtés de l’armée française, dans la Légion Étrangère ou dans les Régiments de marche de volontaires étrangers, échappant ainsi définitivement à l’internement.

C’est ainsi que 200 Compagnies d’Espagnols furent créées et envoyées dans la France entière, selon les besoins des régions. Parmi ces C.T.E., trois avaient pour destination la Haute-Savoie : la 514, 515 et 517, de 250 hommes chacune. Elles arrivèrent à Annecy le 20 septembre 1940, dans des wagons à bestiaux, et étaient destinées à faire la route du Semnoz, à l’assèchement des marais d’Epagny et à faire du charbon de bois dans plusieurs montagnes. La C.T.E. 514 a été surtout répartie dans différentes fermes pour des travaux agricoles.

La Résistance s’organise très tôt en Haute-Savoie. Ces Républicains Espagnols, combattants de la Liberté, n’attendaient que cette opportunité pour reprendre le combat contre le fascisme et le nazisme, qu’ils avaient commencé en Espagne. Ils désertent les C.T.E. et rejoignent la Résistance. Ils s’organisent en Maquis dans le cadre du mouvement « Combat ». Très vite, ils se font remarquer par l’Etat-major de la Résistance pour leur comportement exemplaire (discipline, efficacité et  loyauté).

Ainsi, lorsque le Lieutenant Tom MOREL est nommé Chef de tous les Maquis de la Haute-Savoie, avec mission de monter au Plateau des Glières pour réceptionner les armes promises par les Alliés à la pleine lune de février 1944, il fait immédiatement appel à eux.

Sur le Plateau, ils s’organisent en deux Sections : « EBRO » et « Renfort EBRO ». Ils communient avec « l’Esprit des Glières » et participent à tous les coups de main portés contre l’ennemi.

Ils participent avec brio à la Libération de la Haute-Savoie avec, comme point d’orgue, la Libération d’Annecy le 19 août 1944. Puis, en septembre, ils passent en Savoie et contribuent à la Libération de la Vallée de la Tarentaise et de la Maurienne.