La Résistance Espagnole en Haute-Savoie : chronologie des actions des Maquis Espagnols (1942-1944)

1er juin 1942 : Miguel VERA, qui appartient au groupe 517, prépare clandestinement l’organisation de la Résistance et entre en contact avec l’Armée Secrète. Il fait la connaissance de Richard ANDRES, Résistant français d’origine d’espagnole, homme volontaire et dynamique, qui se battra pour le même idéal que les Espagnols. Son parfait bilinguisme, son grand charisme et sa forte personnalité, plurent d’emblée à Miguel VERA. Dès lors, Richard ANDRÉS jouera un rôle fondamental dans l’organisation de la Résistance Espagnole. Le P.C. de la Résistance Espagnole sera l’Auberge du Lyonnais, à Annecy. Les aubergistes, Jean-Marie et Flora SAULNIER, Résistants convaincus, Agents P2 du mouvement de Résistance « Combat », accueilleront toujours les Espagnols à bras grands ouverts.

Décembre 1942 : Premier Maquis à « Les Villards-sur-Thônes ». Les Espagnols sont présents aux côtés des Français.

15 mars 1943 : Un groupe d’Espagnols participe au Maquis des « Dents de Lanfon ».

1er avril 1943 : Création du Maquis du « Mont Veyrier », composé uniquement d’Espagnols.

3 mai 1943 : Quelques Républicains Espagnols participent au Maquis du « Col de la Colombière » (Grand-Bornand).

7 juin 1943 : Maquis de la « Combe d’Ire », avec uniquement des Espagnols.

Fin juin 1943 : Maquis du « Semnoz », composé exclusivement d’Espagnols.

20 décembre 1943 : Maquis du « Bouchet de Serraval », constitué uniquement d’Espagnols.

Parallèlement à ces premiers Maquis qui agissent dans des lieux précis et avec des objectifs bien définis, Richard ANDRÉS et  Miguel VERA constituent et dirigent directement un groupe dans Annecy même, composé de 10 hommes dont la tâche principale est l’espionnage en vue de rapporter de précieuses informations. La fin de l’année 1943 est marquée par la rencontre de Miguel VERA avec Tom MOREL, membre de l’Etat-major de la Résistance en Haute-Savoie, rencontre qui allait être un tournant pour la Résistance Espagnole. Ils font connaissance en novembre 1943 dans un entrepôt de charbon à Albigny, en pleine nuit, à l’abri de tout regard indiscret.

Tom MOREL ne connaissait pas les Espagnols, encore moins les rouages de leur organisation. A l’issue de leur rencontre, enthousiasmé par la personnalité de son interlocuteur, il repart convaincu que le potentiel espagnol serait une aide précieuse dans la lutte qui devenait à présent commune. Dès lors naquit une grande complicité entre Miguel VERA et Tom MOREL, ainsi qu’un grand respect mutuel. Tom fit entrer Miguel à l’Etat-major de la Résistance française et le fit participer à toutes les réunions. Fin décembre 1943 et début 1944, Tom et Miguel parcoururent ensemble monts et vallées, en quête du meilleur endroit susceptible de recevoir les parachutages d’armes. Ils en trouvèrent six, tous homologués par Londres.

18 janvier 1944 : Les Espagnols sont en deuil. Ils viennent de perdre un de leurs chefs tant estimés, Richard ANDRÉS, mort dans une embuscade avec son chauffeur, Léon BOUVARD, à la suite d’une dénonciation.

26 janvier 1944 : Dans une réunion restreinte de son gouvernement, CHURCHILL annonce : « J’ai décidé d’armer les Résistants patriotes haut-savoyards ».

30 janvier 1944 : Réunion de crise à l’Etat-major de la Résistance, Tom MOREL et Miguel VERA y participent. Ils demandent  avec insistance des armes aux Alliés. On leur accorde enfin, mais voilà qu’on apprend que la Haute-Savoie va être mise en état de Siège et envahie par les forces de Vichy. Les sites retenus et homologués par les Alliés sont presque tous accessibles en véhicules à moteur. Les armes vont tomber entre les mains des forces de Vichy. Une décision est prise : Tom MOREL est nommé Chef de tous les Maquis de la Haute-Savoie, avec mission de monter avec 120 hommes au Plateau des Glières pour réceptionner les armes promises à la pleine lune de février.

31 janvier 1944 : Les Maquis français montent aux Glières.

1er février 1944 : Les Maquis Espagnols montent aux Glières. Miguel VERA organise militairement les Espagnols et constitue les Sections «EBRO» et « Renfort EBRO », et les met immédiatement sous les ordres de Tom MOREL. Comme convenu, il n’y aura sur le Plateau qu’un seul commandement et il sera Français. Tom MOREL, confiant à l’égard des Espagnols et comptant sur leur expérience de la guerre, les place d’emblée dans la zone la plus vulnérable et comptera beaucoup sur les vétérans espagnols pour défendre les positions les plus difficiles du Plateau.

10 mars 1944 : Les Maquis sont en deuil. Leur chef vénéré, Tom MOREL, meurt tragiquement. Le capitaine ANJOT le remplace le 18 mars.

26 mars 1944 : Date clé. Pendant presque deux mois, les forces de Vichy encerclent le plateau et attaquent de toutes parts. L’armée Hitlérienne donne un ultimatum à Vichy : « si pour le 10 mars vous n’avez pas délogé les Maquisards des Glières, c’est nous qui interviendrons ». Les miliciens redoublent leurs attaques, mais toutes sont repoussées par les défenseurs du Plateau. Devant l’échec de Vichy, la 157ème Division Alpine de la Wehrmacht, avec son aviation et son artillerie lourde, fait mouvement vers Glières dès le 15 mars. Un premier vol de reconnaissance indique aux Allemands que Glières n’a pas de défense aérienne. Dès lors, le Plateau sera bombardé quotidiennement. Tous les chalets sont incendiés avant le 26 mars, jour de l’attaque finale.

Le soir venu, le capitaine ANJOT pense que les Allemands ont pris pied sur le Plateau. Devant l’issue fatale, pour préserver un maximum de vies humaines, il déclare : « l’Honneur est sauf, nous avons résisté jusqu’à la dernière minute ». Et il donne l’ordre du repli et de rejoindre le Maquis d’origine. Ce qui aurait pu être un massacre s’est soldé seulement (bien que ce soit toujours trop) par 129 morts -dont ceux morts en déportation. Neuf Espagnols y ont laissé la vie.

GLIERES fut la PREMIERE GRANDE BATAILLE pour la Libération de la France. D’un point de vue militaire, elle fut un échec mais elle fut, en revanche, une GRANDE VICTOIRE PSYCHOLOGIQUE et tout un SYMBOLE qui ne sera pas sans peser sur la décision du futur Débarquement en Normandie. Après la tragédie du Plateau, Miguel VERA regroupe immédiatement ses troupes pour reconstituer un nouveau Maquis. Il fallait à tout prix agir au plus vite pour prouver à l’ennemi que le combat était loin d’être fini.

Mi-avril 1944 : Un nouveau Maquis se constitue au « Semnoz ». Les Espagnols sont très actifs et organisent des sabotages, coupent des lignes téléphoniques et électriques, dynamitent des ponts et attaquent des convois allemands.

13 juin 1944 : Miguel VERA est détenu et incarcéré à Annecy. Sans être jugé préalablement, on lui annonce sa prochaine exécution. Des Résistants espagnols et français, bien informés, parviennent, par une opération commando, à le libérer alors que les gardes allemands étaient venus le chercher dans sa cellule pour l’exécuter sur-le-champ. L’opération dura quelques minutes à peine et Miguel VERA fut sauvé in extremis par ses hommes.

9 août 1944 : Miguel VERA est convié à une réunion de l’Etat-major de la Résistance française à la Roche-sur-Foron. Il s’y rend avec Manuel MARTÍNEZ. Au retour, ils tombent dans une embuscade allemande. Les deux Espagnols se défendent farouchement mais, devant le nombre de soldats, se retrouvent vite pieds et mains liés. « Espagnols terroristes », ils vont être immédiatement exécutés. Pendant la formation du peloton d’exécution, un officier allemand examine les documents dont les deux hommes sont porteurs et constate qu’ils viennent de faire une belle prise en la personne de Miguel VERA, et arrête le processus d’exécution. Miguel VERA et Manuel MARTÍNEZ sont emmenés à Bonneville, interrogés et torturés pendant plusieurs jours, ce qui les marquera à vie, tant physiquement que psychologiquement. Ils seront ensuite libérés, miraculeusement.

19 août 1944 : Annecy est libérée. Les Espagnols sont présents et entrent dans la ville aux côtés des Français. Ils reçurent un accueil triomphal.

Septembre 1944 : Après la Libération de la Haute-Savoie, les Espagnols se rendent en Savoie et participent à la Libération de la Vallée de la Tarentaise et de la Maurienne.