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Hommage à nos anciens Combattants de la Liberté.

Discours de Miguel VERA, Président de l’Amicale de la Résistance Espagnole, le dimanche 13 avril 2014 à ANNECY, devant le « Monument aux Espagnols » :

Monsieur le Maire de la Ville d’Annecy,

Monsieur le Vice-président du Conseil Général,

Mon Général, Président de l’Association des Glières,

Monsieur le Député, Monsieur le Sénateur,

Messieurs-Dames les Présidents et Présidentes des Associations Patriotiques,

Monsieur Helfgott, Président d’honneur de l’Association des Glières,

Messieurs les porte-drapeaux, Mesdames et Messieurs.

Au nom de l’Amicale de la Résistance Espagnole, je vous salue et vous remercie de votre présence pour commémorer ce 83ème anniversaire de la République Espagnole, proclamée le 14 avril 1931. C’est un honneur pour moi en tant que fils de Républicain et Résistant de vous retrouver devant ce monument érigé à la mémoire des Espagnols morts pour la Liberté dans les rangs de l’Armée française et dans la Résistance.

Ce monument nous rappelle que des hommes et des femmes se sont battus pour des valeurs universelles telles que la démocratie, la liberté et la dignité humaine. Nous sommes les fils et les filles de ces hommes et ces femmes qui avaient été les premiers en Europe à prendre les armes contre le fascisme dès 1936. Date funeste ce 18 juillet 1936. Des Généraux félons se soulèvent contre la jeune République anéantissant les espoirs du peuple en une Espagne plus fraternelle et une société plus juste.

Ce coup d’Etat est minutieusement préparé avec les puissances fascistes européennes, comme le révèle le colonel Henri Morel, officier français attaché militaire auprès de l’Ambassade de France à Madrid. Hitler et Mussolini mettent tout leur potentiel militaire au service de Franco. Un pont aérien au-dessus de Gibraltar par l’aviation allemande transporte les troupes du général félon Franco du Maroc à la péninsule. Dix gros bombardiers de Savoie-Marchetti de la Reggia Aeronotica Italiana transportent le matériel. C’est une terrible guerre qui commence et qui va durer presque trois ans. Les puissances de l’Axe apportent une aide massive aux rebelles. Hitler fait de l’Espagne son champ d’essais pour la mise au point de son matériel de guerre et les méthodes de combat. Le camp républicain n’est aidé que par les Brigades Internationales et une aide matériel de l’URSS.

Les forces en présence sont disproportionnées. La République est vaincue, abandonnée par les démocraties européennes qui appliquent la politique de la « non intervention ». Barcelone tombe le 26 janvier 1939. La République vaincue, ses partisans ont le choix entre la mort ou l’exode vers la France. 500 000 réfugiés sont jetés sur les routes. Femmes, enfants, vieillards et combattants républicains traversent les Pyrénées dans la misère le froid et la neige. Débordée par cet afflux d’exilés qualifiés de « rouges », de gens dangereux voire criminels, l’accueil de la France est glacial. Les réfugiés sont parqués dans des camps d’internement dans le sud de la France. Ceux qu’on a appelés « les camps des plages ». Barcarès, Argelès- sur-Mer, St-Cyprien ne sont dans un premier temps que des plages désertes délimitées par les barbelés d’un côté et la mer de l’autre, l’armée française se chargeant de la surveillance par l’intermédiaire des troupes coloniales.

Les conditions de vie dans ces camps sont effroyables. La faim, la fatigue, les maladies les épidémies dont la dysenterie, font des ravages. On estime aujourd’hui le nombre des victimes à plus de 15000 en quelques mois. Peu à peu, la vie s’organise dans ces camps et les réfugiés reçoivent quelques fois l’aide d’une partie de la population locale qui leur jette de la nourriture ou des vêtements par dessus les barbelés lorsque les gardes ont le dos tourné. Dans ces camps, ils sont incités à s’enrôler dans les Compagnies de Travailleurs Etrangers ou dans la Légion. Cependant, dès que le péril nazi s’abat sur la France, ils vont être au premier rang dans les combats antifascistes dans l’armée et dans la résistance au coude à coude avec leurs camarades français.

L’historien Jean-Louis Crémieux-Brilhac rend hommage à ces hommes dans l’un de ses récits. Je cite un extrait : « A la fin du printemps 1939, les soldats et miliciens espagnols, réfugiés en France, commencent à être utilisés à certains travaux intéressant la Défense nationale et des compagnies de travailleurs espagnols, composées de volontaires, sont constituées dans les régions du Midi : ces compagnies comptent 250 hommes répartis en cinq sections. 79 compagnies militaires de ce type seront affectées à des travaux d’aménagement des camps ou d’organisation défensive des frontières. A la mobilisation, les 79 compagnies militaires prévues existent. Fin novembre 1939, leur effectif dans la seule zone des armées s’élève à 20 000 hommes qui aménagent les étapes et consolident la ligne Maginot. Mais l’effondrement français et l’armistice de juin 1940 ouvrent une nouvelle page dramatique dans l’histoire des Espagnols réfugiés en France. Les plus cruellement frappés sont les 8000 à 9000 hommes des compagnies militaires de prestataires maintenues dans les zones des armées. Ils ont été, pour la plupart, faits prisonniers par les Allemands. Considérés comme des « rouges » irréductibles, séparés des autres prisonniers de guerre, ils sont déportés au camp de Mauthausen ou dans ses dépendances. Des 7199 républicains espagnols déportés à Mauthausen, 4761 y trouveront la mort. Un nouveau chapitre allait s’ouvrir, celui de la participation militaire espagnole à la résistance extérieure française, elle fut brillante, agitée coûteuse. Des Espagnols ont participé à tous les combats de la France Libre. Ils sont présents sur tous les champs de bataille d’Afrique et d’Italie, puis jusqu’à la victoire -à l’avant-garde des armées débarquées en Provence et en Normandie. Trois unités ou séries d’unités à participation espagnole notable se sont distinguées entre 1940 et 1945 : La 13è demi-brigade de la Légion étrangère de la France Libre, les Espagnoles des régiments de Légion d’Afrique du Nord et les Espagnols du général Leclerc. Le capitaine Raymond Dronne a consacré à ces derniers un superbe chapitre dans ses « Carnets de route »sous le titre « Découverte de la nueve ». La nueve, la compagnie qu’il commandait et qui était principalement composée d’Espagnols et qui dans la nuit du 23 au 24 août1944, il fonça avec ses hommes, sur ordre du général Leclerc, vers Paris et atteignit l’Hôtel de Ville. Dronne a évoqué magistralement les itinéraires de ses hommes. Il est resté lié aux survivants par une étroite fraternité d’armes. Il leur vouait un souvenir ému et admiratif. De l’été 1940 au printemps 1945, du Gabon au Tchad, à la Syrie et à l’Arlberg, de la Tunisie à Berchtesgaden, près de 3500 Républicains espagnols ont combattu dans les rangs français, près d’un millier ont donné leur vie pour la victoire des démocraties : amère victoire pour ceux qui croyaient se battre aussi contre le franquisme. Des morts espagnols reposent avec les morts français à Bir-Hakeim comme aux Glières ».                            

Oui, Glières, à l’appel de Tom Morel, ils sont montés sur ce Plateau avec enthousiasme pour lutter pour la Liberté -et non pas pour se cacher comme certains peuvent le suggérer. Ils ont adopté la devise « Vivre libre ou mourir » et ont communié avec l’esprit des Glières. A Glières, ces hommes ont vécu une émotion presque surnaturelle. Après tant de souffrances, vaincus en Espagne, humiliés dans les camps d’internement, privations dans la clandestinité, Tom Morel leur a rendu leur dignité d’homme. Un courant de liberté les a traversés. Ces combattants de la Liberté ont été fiers de se battre pour libérer le sol de France, pays des droits de l’Homme, dont beaucoup en avait rêvé avant la guerre ».